[Concepts] La méta-information

 

ans l'espace hyperinformationnel, les informations sont appelées, commandées, éloignées, rapprochées, regroupées, contractées, juxtaposées… elles tournent autour de l'individu ; il n'est plus un simple et modeste récepteur qui reçoit l'information. Il inverse le schéma traditionnel des mass media, se posant au centre même du tourbillon informationnel.

L'individu fracture la linéarité discursive et sa progression d'un début vers une fin propre aux médias traditionnels. Il lui oppose un " texte brisé " pour reprendre la formule de Roland Barthes , dans lequel il avance par fragments successifs, arborescences et chemins de traverse, de branche en branche. La méta-information actualise donc une autre configuration de la vérité : celle de la multitude des points de vue possibles. De la sorte, elle met en œuvre des trajectoires individuelles dans un espace collectif. Les cerveaux humains perfusent les signes qu'ils perçoivent vers un autre espace qu'ils connaissent ou qu'ils savent exister. Ils établissent une profondeur de sens entre espaces.

Regarder le journal télévisé, par exemple, renvoie désormais à d'autres dimensions de l'information, d'autres expériences personnelles ou collectives, d'autres médias. La domination univoque des médias traditionnels est en voie d'extinction mais ces médias eux-mêmes ne sont pas amenés à disparaître. Ils s'imbriquent dans les autres espaces, trouvant leur place et leur spécificité. Les consommateurs d'information passent d'un espace informationnel à un autre espace de signification ; il y a perméabilité entre les espaces et fluidité des relations de complémentarité. Dans le système de méta-information, les individus transhument d'un espace à l'autre, forgeant leur conscience des choses sur un ensemble d'hypothèses, de probabilités et de valeurs et plus seulement sur une sélection d'informations diffusées par ceux qui avaient le privilège exclusif de leur détention.

Extraits de : Homo Sapiens 2.0, de Gérard Ayache, Ed. Max Milo, 2008

Autres concepts-clés :
Hyperinformation
| méta-information | mémétique | collectivisation du savoir | polycentrisme | intelligence augmentée |

 

 

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Quand les médias trembleront
Traditionnellement, le journaliste est un réducteur de complexité ; c'est là sa fonction de vulgarisateur, de transmetteur d'informations et de connaissances. Cette noble fonction est ce qui confère le statut très particulier du journaliste dans notre monde occidental. Il bénéficie de privilèges et fonde son identité sur des concepts qui ont la force du mythe et du sacré : l'objectivité, l'indépendance, la liberté de conscience, la Vérité, la Démocratie, etc.… Ces mythes forgent l'identité et la clôture fonctionnelle de cette profession.
La forme médiatique traditionnelle met des bornes sur le chemin vers le réel. Le média, quel qu'il soit, se met toujours en position intermédiaire -c'est dans sa nature étymologique- entre le réel et le spectateur. Il a pour fonction d'apporter le réel vers le spectateur. Le direct est, dans cet esprit, une volonté de réduire la distance entre eux, de simuler un réel immédiat (donc sans médiateur). Cette initiative des médias de souder le plus possible le réel au spectateur, de réduire la distance, est une démarche impossible ; car le sens et la direction du mouvement sont toujours les mêmes : du réel vers le spectateur.
Quand le spectateur inverse lui-même le sens de la logique médiatique, c'est-à-dire quand il décide d'aller vers le réel, et non plus d'attendre qu'on le lui apporte sur un écran, alors les médias traditionnels tremblent et vacillent ; car ils perdent toute fonction d'intermédiation, tout statut médiatique. Cette action d'inversion du sens médiatique repose sur le désir de méta-information, au sens où il s'agit d'aller chercher, dans un autre espace, au-delà de l'information, les parcelles de la réalité. Dans cet espace, les informations sont appelées, commandées, éloignées, rapprochées, regroupées, contractées, juxtaposées… elles tournent autour de l'individu ; il n'est plus un récepteur qui reçoit l'information. Il inverse le schéma traditionnel des mass media, se posant au centre même du tourbillon informationnel.
Ce désir de méta-information repose sur une logique de l'action et sur une éthique de la prise de responsabilité. Ses modalités d'applications sont multiples ; elles dépendent des individus, de leur capacité, de leurs objectifs et de leurs intentionnalités. Le désir de méta-information tend à devenir un horizon qui concentre et polymérise toutes les pratiques de l'information. Il se développe dans la multitude hyperinformationnelle, dans le prisme confusionnel qu'elle offre, mais il est une voie possible vers plus de clarté et d'intelligence. En expérimentant les différentes formes possibles d'hypothèses et de probabilités, il est en cohérence avec la mécanique complexe des systèmes actuels. Le désir de méta-information ne nie pas les incertitudes ; au contraire il les intègre. Il travaille des probables et des incertains avec un objectif de connaissance et d'orientation dans l'univers chaotique des représentations du monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

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