[Concepts] Intelligence augmentée

 

a symbiose qui se produit entre les organismes humains et les entités artificielles métamorphose les utopies ou les balbutiements d'intelligence collective, en perspectives très concrètes et immédiates d'intelligence augmentée. S'ouvre alors un champ radicalement inédit dans l'histoire des hommes. La force hyperinformationnelle qu'ils ont libérée et dont ils ont fait leur quotidien entre désormais dans les micromondes de la biologie et de la matière. S'opère alors un phénomène d'une portée immesurable : l'intelligence pénètre des domaines jusque là inertes ou interdits d'accès, produisant ainsi une forme nouvelle d'hybridation au sein de laquelle l'homme est à la fois le producteur, le sujet et l'objet.

Chaque jour, l'actualité tintammaresque nous informe d'une nouvelle percée de la technologie au sein d'un territoire jusque là interdit : le gène lui-même. Le génie génétique, avec ses enzymes de restriction, ses ligases, ses vecteurs de transferts découvre le langage de programmation moléculaire transformant la biologie en " science de traitement de l'information biologique " . Les rouages des micromondes de la biologie deviennent les modèles des nouveaux alchimistes de la matière. En observant plus finement la structure des membranes moléculaires , les protéines, l'ADN lui-même, les micromoteurs présents au cœur des cellules, les microtubules, les flagelles, s'en inspirant, les ingénieurs créent des " matériaux intelligents ", des puces biotechnologiques implantables, des machines moléculaires capables d'usiner des matériaux nanométriques. Ils savent désormais diriger les cellules humaines, notamment nerveuses, pour qu'elles s'autoréparent en cas de lésion, ils savent implanter des réservoirs miniaturisés de substances médicamenteuses délivrées quand il faut, là où il faut dans l'organisme humain.

Les techniques du XXIe siècle possèdent le secret de l'alliage du vivant et de l'artificiel. Elles savent placer, au cœur de nos machines les plus banales, des microcomposants moléculaires, hybrides constituées de silicium et de cellules vivantes, des neuropuces qui cultivent dans leur support de silicium des neurones vivants, des biotransistors d'une capacité de calcul sans commune mesure avec leurs prédécesseurs simplement électroniques, contrôlables et pilotables à distance. Elles peuvent relier directement l'ordinateur au vivant en installant des interfaces bioélectroniques entre l'homme et la machine, produisant ainsi des liens d'intelligence dans lesquels l'un et l'autre sont hybridés. Ces " exploits " ne sont pas des fantasmes futuristes, ce sont les résultats de travaux menés actuellement, sur toute la planète, par des pléiades de chercheurs au génie sollicité sans répit par la concurrence économique et la sélection mémétique. Ces recherches destinées à perfuser l'hyperinformation dans tous les rouages de la matière et du vivant, révèlent chaque jour davantage leur impact sur notre vie quotidienne présente, ou à venir à très brève échéance.


Extraits de : Homo Sapiens 2.0, de Gérard Ayache, Ed. Max Milo, 2008

Autres concepts-clés :
Hyperinformation
| méta-information | mémétique | collectivisation du savoir | polycentrisme | intelligence augmentée |

 

 

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Cerveau global

Le paysage que nous propose aujourd'hui Internet n'est qu'une pâle préfiguration du cerveau global qui se profile grâce à la convergence de la maîtrise des réseaux de communication sans fil, de la géolocalisation et de la miniaturisation de l'intelligence augmentée qu'autorisent les info-, bio- et nanotechnologies. L'hyperinformation circule, à l'heure actuelle, à travers les réseaux de télécommunications ; mais plusieurs laboratoires travaillent au projet de s'en affranchir pour connecter directement les humains entre eux et avec leurs machines.
On peut utiliser désormais des réseaux corporels qui s'appuient sur la conductibilité de la peau pour transmettre un signal entre divers équipement portés par un individu . Il vous est d'ores et déjà possible d'échanger votre carte de visite électronique à l'occasion d'une simple poignée de main . Sans aller jusqu'à ces extrémités, les réseaux sans fil à l'échelle locale ou planétaire se diversifient et se sophistiquent de plus en plus, permettant de faire transiter et d'échanger partout les images, les sons, les textes et toutes les données enregistrées par des milliards de capteurs sur la planète.
Parmi ces capteurs, la population des puces RFID est en augmentation exponentielle, leur nombre dépassant déjà largement celui des humains. Ces puces, qu'elles soient active ou passives sont amenées à être intégrées sur tous les supports de notre vie : dans notre corps, sous forme d'implants d'identification ou de contrôle médical , mais aussi dans tous les objets de notre vie quotidienne : du paquet de lessive acheté au supermarché jusqu'au réfrigérateur installé dans votre cuisine.
Ces " objets intelligents " font partie intégrante du cerveau global, ils émettent des informations multiples et localisent les objets qu'ils habitent. Ils sont capables de sentir et d'agir sur leur environnement, qu'il s'agisse d'un espace physique, d'une machine, d'un corps. Ils sont reliés les uns aux autres en réseaux autonomes , formant les synapses immatérielles du superorganisme global. Plus encore, leur miniaturisation permet de les transformer en poussière intelligente, la smart dust, de taille microscopique .

 

La course à l'intelligence

Ce que l'on observe aujourd'hui est la profusion de technologies destinées à augmenter l'intelligence. Mais de quelle intelligence s'agit-il, celle des humains ou celle du superorganisme ? S'agit-il de celle des machines destinées de plus en plus à s'hybrider dans le cerveau global avec l'intelligence des humains. Quel est le projet de cet immense déploiement technologique ? La course à l'intelligence est, chez les machines, " inextinguible ", pour reprendre le mot de Günther Anders. La croissance exponentielle des moyens de calcul, que la loi de Moore avait prédite, est vérifiée chaque jour. Les capacités de mémoire ont fait des bonds vertigineux, tout comme la miniaturisation. Les calculateurs quantiques ont dépassé le stade du prototype, les ordinateurs dits biologiques ou à ADN devraient devenir opérationnels dans une dizaine d'années. Nous nous trouvons dans la partie ascendante d'une courbe de développement extrêmement rapide qui ne touche pas que les ordinateurs, mais un nombre considérable d'objets qui deviendront de plus en plus intelligents et connectés entre eux. La loi de développement de ces machines est de faire tomber la frontière entre intelligence humaine et intelligence artificielle. Une des références en la matière, Ray Kurzweil préfère désormais parler d' " intelligence augmentée " pour bien marquer la fusion inéluctable entre les hommes et les machines.

 

 

 

 

 

 

 

 

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