[Concepts] L'hyperinformation

 

vec l'émergence du numérique, du virtuel et des réseaux électroniques, le concept d'information a radicalement changé de nature. Il prend des dimensions inédites et produit des conséquences anthropologiques, dont certaines sont encore indiscernables. La métamorphose de l'information en hyperinformation implique une autre manière de voir, de prendre conscience du réel, de saisir l'univers.
Apparemment, tout le monde comprend le sens du concept d'information ; en réalité, il est complexe et multiforme, aussi difficile à préciser que celui d'être, de matière ou d'énergie. Il peut s'appliquer à tout, - y compris à l'être, à la matière ou à l'énergie - mais, à la différence de ces trois concepts, il ne désigne pas une réalité isolée. L'information est essentiellement qualitative ; elle ne peut être appréhendée en dehors d'un univers qui lui donne sens, puisqu'elle s'inscrit avant tout dans une relation. Elle est perception de l'extérieur, échange, adaptation, coordination, régulation avec son environnement. L'information est organique. Cela signifie que les éléments qui la composent restent distincts ; ils ne sont pas confondus, comme le sont des éléments chimiques en fusion qui perdent leur hétérogénéité. Ce caractère est fondamental car il induit celui de discontinuité de l'information. " L'intelligence ne se représente clairement que le discontinu " écrivait Bergson. Le caractère discontinu de l'information est fondamental aujourd'hui. Il confère à l'information la possibilité de choix, de distinction, de bifurcation entre plusieurs options mutuellement exclusives. La discontinuité de l'information est une caractéristique essentielle parce que, si l'on parvient à opérer une transmutation d'un signal naturel continu en signal discontinu, on ouvre alors un champ immense, celui de la reproductibilité.
Les informations " numérisées " peuvent alors être compressées, transmises, reproduites complètement à l'identique et interprétées par un lecteur " numérique " adapté. Cette numérisation binaire se révèle être totalement universelle ; elle s'étend à tous les domaines : sons, images, textes, données, codes biologiques. Elle possède la capacité de rendre " liquide " ce qui est solide ; tout ce qui peut être numérisé se traduit en quelque chose d'autre, numérisé également. La matière, jadis constituée de substances hétérogènes impénétrables est désormais numérisable, c'est-à-dire " vaporisable " partout, en ligne. La numérisation est inter-opérable ce qui signifie qu'elle peut circuler entre une multitude de récepteurs numériques. Sa logique est celle de la convergence. Les frontières entre les supports s'effacent alors, les différences de nature entre les substances de contenus s'estompent, les systèmes de diffusion, de communication ou de distribution s'intègrent dans le même régime opérationnel. Les utilisateurs aussi ; ils se fondent dans une globalité sans frontières qui lisse toutes les différences qu'elles soient linguistiques ou culturelles. Cette métamorphose technique, cette transmutation, est le fondement de l'hyperinformation.

Extraits de : Homo Sapiens 2.0, de Gérard Ayache, Ed. Max Milo, 2008

Autres concepts-clés :
Hyperinformation
| méta-information | mémétique | collectivisation du savoir | polycentrisme | intelligence augmentée |

 

 

Accueil Etudes Veilles et études stratégiques Internet Intelligence collaborative Concepts Publications Contacts
L'hyperinformation nous fait entrer de plain-pied dans le monde de la connectivité. Les écrans et les " objets intelligents " envahissent notre univers, les sources d'information se démultiplient dans des proportions logarithmiques. La parole publique est conquise par tous ceux qui veulent la prendre pour faire écho, dans la caisse de résonance mondiale, d'un réel décomposé. Le mouvement est irréversible et semble parfaitement incontrôlable.
Cette véritable déflagration mémétique, créatrice d'un univers en expansion, compose à vitesse accélérée le nouveau paysage de notre environnement quotidien. Paysage en réorganisation permanente, qui se replie ici, éclate ailleurs, se reconstitue là-bas, se propage dans toutes les zones de l'espace où la force hyperinformationnelle se meut. Son déploiement est organique ; il ne s'accomplit pas à une échelle simple. Ses formes complexes et dynamiques se reproduisent à toutes les échelles, passant de façon imprévisible d'un espace à l'autre, au sein d'un univers vivant.

 

Obsolescence
Avec l'irruption de l'hyperinformation, les schémas des pères fondateurs de la recherche en information et communication sont désormais dépassés ; ils décrivaient un processus unidirectionnel de transmission alors qu'avec l'hyperinformation, une multitude d'ajustements émergent entre les " émetteurs " et les " récepteurs ".
L'activité de communication doit être envisagée dans une représentation interactionniste, dialectique, dans laquelle les consommateurs d'information apparaissent comme des " producteurs de trajectoires " qui ne sont pas forcément cohérentes avec le monde dans lequel elles se glissent. Le système de production et de diffusion des informations est lui-même radicalement transformé ; il s'insère dans une logique de la complexité et de la mutation qui obéit à ses propres règles d'évolution.


 

 

Pour aller plus loin :

Article Wikipedia "hyperinformation"
Gérard Ayache, La grande confusion et Homo Sapiens 2.0, Introduction à une histoire naturelle de l'hyperinformation
Derrick de Kerckhove, L’intelligence des réseaux
Pierre Lévy, L’intelligence collective

 

 

 

 

 

 

Publications récentes

 

 

 

 

 

d'autres infos sur ce thème sur le blog d'Infométrie

 

 

 

 

© infometrie 2008